Archive for février, 2007



28
fév

La bataille de Québec sera serrée !

Un sondage CROP-Le Soleil a provoqué tout un émoi dans la capitale nationale. Les trois principaux partis y sont au coude-à-coude, avec une petite avance pour le PLQ et… l’ADQ ! Le PQ n’arrivant qu’en troisième position avec 25% d’intentions de vote.

Je vous laisse découvrir la première page du Soleil d’aujourd’hui :


Le chef du Parti Québécois, André Boisclair, qui mène une campagne des plus ordinaires pour le moment, et qui était en visite à Québec, a mis un bon moment avant de réagir à ce sondage.

Toute la matinée, André Boisclair n’a fait qu’écarter micros et caméras, d’un air agacé, avant, finalement, de faire une courte allusion à la nouvelle. Une autre bourde du chef péquiste qui, en campagne électorale, se devait de tout de suite désamorcer cette bombe.

Mais il n’y a pas que Québec, dans le Saguenay, fief souverainiste, le chef du PQ ne passe vraiment pas auprès des militants, alors que ce bastion a vu l’élection de deux libéraux aux dernières élections et à manqué de peu d’en avoir un troisième.

De son côté, Mario Dumont fait une très bonne campagne, en prenant pour lui la stratégie qu’avait employé Stephen Harper il y a un peu plus d’un an : la divulgation, jour par jour, du contenu de sa plate-forme électorale. Cela fonctionne bien puisque le chef adéquiste est le chef politique le mieux placé dans le cœur des Québécois après le premier ministre Jean Charest et que l’ADQ talonne de plus en plus le PQ.

Rien est fait cependant… la campagne est jeune.

15
fév

15 février


Prison de Montréal

14 février 1839, 23h00

Le public et mes amis en particulier attendent peut-être une déclaration sincère de mes sentiments. À l’heure fatale qui doit nous séparer de terre, les opinions sont toujours regardées et reçues avec plus d’impartialité. L’homme chrétien se dépouille en ce moment du voile qui a obscurci beaucoup de ses actions pour se laisser voir en plein jour.

L’intérêt et les passions expirent avec son âme. Pour ma part, à la veille de rendre mon esprit à son créateur, je désire faire connaître ce que je ressens et ce que je pense. Je ne prendrais pas ce parti si je ne craignais qu’on ne représentât mes sentiments sous un faux jour. On sait que le mort ne parle plus et la même raison d’État qui me fait expier sur l’échafaud ma conduite politique pourrait bien forger des contes à mon sujet. J’ai le temps et le désir de prévenir de telles fabrications et je le fais d’une manière vraie et solennelle, à mon heure dernière, non pas sur l’échafaud environné d’une foule insatiable de sang et stupide, mais dans le silence et les réflexions du cachot.

Je meurs sans remords. Je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance. Mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun (des) crimes qui déshonorent l’humanité et qui ne sont que trop communs dans l’effervescence des passions déchaînées.

Depuis 17 à 18 ans j’ai pris une part active dans presque toutes les mesures populaires, et toujours avec convictions et sincérités. Mes efforts ont été pour l’indépendance de mes compatriotes. Nous avons été malheureux jusqu’à ce jour. La mort a déjà décimé plusieurs de mes collaborateurs. Beaucoup gémissent dans les fers, un plus grand nombre sur la terre de l’exil, avec leurs propriétés détruites et leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d’un hiver canadien. Malgré tant d’infortune, mon coeur entretient encore son courage et des espérances pour l’avenir. Mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres. Un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent.

Voilà ce qui me remplit de joie lorsque tout est désolation et douleur autour de moi. Les plaies de mon pays se cicatriseront. Après les malheurs de l’anarchie d’une révolution sanglante, le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent. Tout concourt à ce but ; les exécutions même. Le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas.

Je laisse des enfants qui n’ont pour héritage que le souvenir de mes malheurs. Pauvres orphelins ; c’est vous que je plains. C’est vous que la main sanglante et arbitraire de la loi martiale frappe par ma mort. Vous n’aurez pas connu les douceurs et les avantages d’embrasser votre père aux jours d’allégresse, aux jours de fête. Quand votre raison vous permettra de réfléchir, vous verrez votre père qui a expié sur le gibet des actions qui ont immortalisé d’autres hommes plus heureux. Le crime de votre père est dans l’irréussite. Si le succès eût accompagné ses tentatives, on eût honoré ses actions d’une mention respectable. « Le crime fait la honte et non pas l’échafaud. » Des hommes d’un mérite supérieur au mien m’ont déjà battu la triste carrière qui me reste à courir de la prison obscure au gibet. Pauvres enfants ! Vous n’aurez plus qu’une mère tendre et désolée pour soutien (et) si ma mort et mes sacrifices vous réduisent à l’indigence, demandez quelques fois en mon nom, je ne fus pas insensible aux malheurs de l’infortune.

Quant à vous mes compatriotes ! Puisse mon exécution et celle de mes compagnons d’échafaud vous être utiles. Puissent-elles vous démontrer ce que vous devez attendre du gouvernement anglais. Je n’ai plus que quelques heures à vivre, mais j’ai voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux à mes compatriotes. Pour eux, je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, de mon épouse, sans autre appui que mon industrie et pour eux je meurs en m’écriant : Vive la Liberté, Vive l’indépendance.

Chevalier de Lorimier Lettre conservée aux Archives nationales du Québec à Québec, série des Événements. Cette lettre est considérée comme le testament politique de Chevalier de Lorimier.

Montréal, Prison-Neuve, 15 février 1839, 5 heures a.m.

Lette à une amie Lettre écrite par de Lorimier, le jour de son exécution, à une dame qui lui avait demandé d’écrire dans son album quelques lignes qu’elle garderait comme souvenir.

Vous voulez, madame, que j’écrive un mot dans votre album. Que puis-je écrire, je vous le demande ? Vais-je abandonner mon âme à des sentiments de regret, à de tristes pensées ? Vous diriez que ces sentiments ne sont pas dignes d’un homme qui meurt pour la liberté de son pays. Vous dirai-je, pour vous attendrir, tout ce que j’ai souffert dans mon cachot depuis que je suis tombé dans les mains de mes cruels ennemis ?

Ce serait, comme je viens de le dire, peu digne de la position que j’occupe devant le monde. Vous m’avez visité dans ces noirs cachots où les rayons du soleil sont inconnus aux pauvres victimes de la tyrannie anglaise. Il n’est pas nécessaire de parler ni d’écrire, pour faire comprendre l’état le plus misérable auquel la nature humaine puisse être réduite.

Vous dirai-je tout le respect que j’ai pour vous, quand vous en avez eu tant de preuves ? Cependant ce serait honteux de ma part de ne pas me rendre à vos désirs. Permettez-moi alors, madame, de vous demander une faveur, c’est de garder une place pour moi dans vos pensées, après que l’heure terrible du sacrifice sera passée. Quand je serai parti, vous vivrez encore.

Dans quatre heures, je mourrai sur l’échafaud érigé par les ennemis de notre chère patrie. Oh ! quels mots enchanteurs je viens de prononcer ! —  » Ma patrie !  » ma patrie ! à toi j’offre mon sang comme le plus grand et le dernier des sacrifices que je puisse faire pour te délivrer du joug odieux de tes traîtres ennemis. Puisse le Tout-Puissant agréer mon sanglant sacrifice ! Vous verrez des jours meilleurs.

Cette conviction intime et l’espoir que vous, madame, votre mari et tous mes amis, penserez quelquefois à moi, quand je ne serai plus, seront pour moi une source de consolation et de force dans les dernières tortures de l’agonie. La grande cause pour laquelle je suis à la veille de souffrir, triomphera.

Adieu, madame ! Soyez heureuse ainsi que votre mari, vous le méritez tous deux. C’est le voeu d’un homme qui dans quelques heures aura sacrifié sa vie au salut de sa malheureuse patrie et à la liberté qu’il préfère à la vie. Je vous dis encore une fois adieu, madame.

Votre malheureux mais sincère ami,

Chevalier de Lorimier

Source : Les Patriotes 1837-1838 de Laurent Oliver David

François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, fut l’un des grands chefs patriotes Canadiens français durant les révoltes de 1837-1838 au Bas-Canada ainsi qu’un intellectuel politisé, notaire de profession. Il fut pendu dans la prison au Pied-du-Courant de Montréal, le 15 février 1839.

10
fév

Hérouxville : vers un Québec moins tolérant ?

Ce qui s’est passé à Hérouxville est en train de brouiller les cartes… c’est d’ailleurs le seul reproche que je fais à leur démarche, que nous savons tous maladroite, mais qui a tendance à faire dévier le débat dans une autre direction. C’est vraiment dommage.

Avant que M. Drouin en appelle à « l’état d’urgence », il y avait un débat relativement constructif au niveau des accommodements raisonnables. Oui, il y a eu parfois de la démagogie (si l’on prend l’exemple de Mario Dumont), de l’attentisme (au Parti Québécois et au Parti Libéral), mais il y avait un bon débat de fond sur un phénomène bien réel que sont les accommodements raisonnables.


L’on sait bien que les exagérations que nous avons décrites ici-même ne concernent qu’une minorité infime des communautés religieuses et immigrantes… bien évidemment. Mais le vrai problème, c’est que les aménagements que l’on accorde à ces minorités infimes, en ce disant qu’il ne s’agit que de « cas isolés », rognent sur les fondements même de la société québécoise. Car je me fout totalement de savoir s’ils ne sont que deux ou trois à bénéficier « d’arrangements » de la sorte, je me fout de savoir qu’une seule personne soit passée devant tout le monde pour se faire soigner pour des raisons religieuses… qu’il soit seul ou mille, le problème reste le même : on s’en prend à des principes qui devraient être un peu mieux défendus par ce que l’on appelle « l’état ». C’est cela qui est important.

L’on rogne sur les valeurs fondamentales de notre société, et l’on crée des précédents… me semble que cela suffit pour s’inquiéter !

Mais plutôt que de réfléchir à la base du problème, on va parler de Hérouxville ! Un village que nous ne visiterons jamais, que nous sommes incapables de placer sur une carte, et dont nous savons vaguement dans quel région il se trouve. Come on ! Même si ces « principes de vie » vous choque, même si les déclarations de M. Drouin vous mettent mal à l’aise, ce n’est pas cela qui va rendre le Québec moins accueillant ! Ce n’est pas ce village qui va faire avancer le débat sur les accommodements raisonnables ?

Évidemment, le « cas » Hérouxville arrange bien du monde chez certaines communautés religieuses… Cela permet de déplacer le débat et de se poser en victimes. Du pain-béni pour les intégristes ! … Les Québécois sont racistes, puis voilà que Hérouxville aurait tendance à le prouver ! Alors que nous qui vivons ici, savons bien que c’est faux… que le Québec est effectivement, l’un des endroits les plus accueillants pour les immigrants. Nous savons que les Québécois sont ouverts…

Mais comme dans tout, ça prend des limites. Comment protéger cette « ouverture d’esprit » du peuple Québécois et Canadien, si l’on accepte des comportements qui révèlent un repli sur soi ? Comment protéger cette « ouverture d’esprit » si l’on permet à des minorités extrémistes de balayer du revers de la main des principes essentiels qui garantissent l’égalité des sexes, la liberté d’expression et une certaine laïcité… même si, sur ce dernier point, rien n’est bien définit ici.

Oui, le Canada est très tolérant, le Québec est très tolérant, sans aucun doute encore plus que le reste du Canada… c’est pour cela qu’il ne faut pas tout mélanger et accorder une trop grande importance à des événements qui ne le méritent pas.

La ligne rouge a été franchie depuis quelques temps par les intégristes qui ont profité justement de cette tolérance. Les gens réagissent (parfois de la mauvaise façon), et il faut s’attendre, non pas à une monté de l’intolérance, mais à un rééquilibrage des choses.

7
fév

L'emmerdement raisonnable

Nouvelle lubie humaniste, nouveau terme aux bonnes senteurs politiquement correctes, « l’accommodement raisonnable » est à l’image des idées toutes faites à la mode : ça sonne creux !

Je pense qu’il faut revenir aux bases… Une société, telle quelle soit, repose sur des valeurs, des principes, mais aussi des lois qui forment et protègent l’identité et la spécificité de cette société. Et lorsque je parle de valeurs et de principes, ce sont des éléments qui transcendent les lois et les règlements. Ce sont des valeurs qui se sont construites de part l’histoire, et non pas du jour au lendemain, par les individus qui ont choisis de bâtir cette société.

Évidemment, même sans parler des immigrants, ces valeurs, ces principes, peuvent ne pas convenir à tout le monde. Des individus qui choisissent de vivre dans une relative marginalité, peuvent se sentir brimés par certaines valeurs… Il est évident que les principes et même les lois d’une société ne peuvent pas convenir à tous ! Qui n’a jamais ragé contre une loi ou un règlement de SON propre pays ???

Sauf que l’on part du principe que les valeurs de cette société sont fondées pour le bien être d’un ensemble, tout en essayant de ne pas trop brimer les minorités (quelles soient sociales ou ethniques). Car ce n’est pas parce qu’il est impossible de plaire à tout le monde, qu’il ne faut rien faire !

Lorsque l’on parle de valeurs, on parle par exemple de l’égalité entre les hommes et les femmes. On parle aussi du respect des croyances, de la liberté des cultes, etc. Ce sont des principes édictés par les luttes d’un peuple, par l’histoire, par le bon-sens aussi !


Le problème, c’est que les uns brandissent le principe de liberté de culte, qu’ils ont déjà, tout en refusant un autre principe fondamental de la société québécoise et canadienne : l’égalité des sexes. Et là il y a un problème, car les valeurs et les principes d’une société reposent AUSSI, sur leur équilibre et leur respect les unes avec les autres… Et que l’on NE PEUT PAS rogner sur un principe de société en revendiquant l’application d’un autre. Ça n’aurait plus aucun sens !

Donc, oui à la liberté de culte, tant et aussi longtemps que cette liberté ne rentre pas en conflit avec une autre valeur sociétale.

Autre chose de bien important : ces valeurs et ces principes sont justes, à partir du moment où ils sont valables pour tous.

Le gros problème avec les accommodements raisonnables, c’est qu’à force de créer des exceptions, l’on finit par brimer la majorité et par créer ce que nous avons l’habitude de combattre : l’inégalité face à la loi. Car ici, nous permettons à certains, ce que nous ne permettrons pas à d’autres. Où est la logique là-dedans ?

Un musulman ou un juif peut demander de ne pas avoir d’examens universitaires certains jours, mais pas un étudiant de la « majorité visible ».

Un musulman peut demander que sa femme soit exclusivement soignée par une autre femme, d’interdire même la présence d’un homme dans la même pièce… demande impossible pour un homme de la « majorité visible ».


Et d’autres exemples, on en connaît tous !

Où se trouve donc l’égalité des individus face à la loi, face aux principes de la société ?

Nous avons tellement peur de passer pour racistes, que nous sommes maintenant prêts à brimer cette « majorité visible », afin de facilité la vie à des extrémistes de tout poil.

Car que les choses soient bien claires, l’intégration se passe très bien pour l’immense majorité des immigrants et des communautés confessionnelles, la majorité des juifs ou des musulmans ne demandent rien de particulier. Par contre, les extrémistes, les intégristes, qui étaient traités en tant que tels dans leur propre pays, tentent d’imposer des principes d’intolérance à nos démocraties, trop préoccupées d’accommoder tout le monde, plutôt que de défendre les valeurs de nos sociétés.

L’Occident est le berceau de la démocratie, de la tolérance et de l’égalité des individus, quel message envoyons-nous lorsque nous permettons à certains des plus extrémistes, de pouvoir imposer leurs principes rétrogrades à la majorité ?

À part provoquer du mécontentement, et donc des frictions entre communautés, je ne vois pas bien ce que nous pourrions gagner.

C’est à nous d’être fermes, de défendre la liberté individuelle et de prôner nos valeurs, c’est de cette manière que nous arriverons à mieux intégrer les immigrants. Mais pour cela, il faudrait que les gouvernements mettent leurs culottes !

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