Archive for juin, 2006
Dégénération
Ton arrière grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l’a vendu pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p’tit gars, tu l’sais pus c’que tu vas faire
Dans ton p’tit trois et demi bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d’avoir ton petit lopin de terre
Ton arrière arrière grand-mère, elle a eu quatorze enfants
Ton arrière grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c’tait suffisant
Et pis toi, ma p’tite fille, tu change de partenaire tout le temps
Quand tu fais des conneries, tu t’en sauves en avortant
Mais y’a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d’une grande table entourée d’enfants
Ton arrière arrière grand-père a vécu la grosse misère
Ton arrière Grand-père, il ramassait les cennes noires
Et pis ton père en a hérité, il l’a tout mis dans ses RÉERs
Et pis toi, p’tite jeunesse, tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d’avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de hold-uper la caissière
Tu lis des livres qui parlent de la simplicité volontaire
Tes arrières arrières grands-parents, ils savaient comment fêter
Tes arrières grands-parents ça swinguait fort dans les veillées
Pis tes grands parents ont connu l’époque yé-yé
Tes parents, c’tait les discos ; c’est là qu’ils se sont rencontrés
Et pis toi, mon ami, qu’est-ce que tu fais de ta soirée ?
Éteins donc ta tivi ; faut pas rester encabané
Heureusement que dans vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser…
Mes Aïeux – Dégénérations
Le règlement 17
Dans les annales de l’Ontario francophone, l’année 1916 demeure sans doute la plus turbulente. On assiste à des manifestations monstre contre le Règlement 17 que le gouvernement de l’Ontario a imposé pour limiter l’enseignement en français aux deux premières années d’école primaire et pour limiter l’enseignement du français à une heure par jour.
Le Règlement 17 est une circulaire promulguée par le ministère de l’Instruction publique en 1912. Son application n’a pas été rigoureuse au début, mais les inspecteurs se montrent plus vigilants à partir de l’année scolaire 1915-1916.
La résistance au Règlement 17 est incarnée par deux institutrices de l’école Guigues, à Ottawa. Béatrice et Diane Desloges refusent de se soumettre aux diktats des autorités scolaires, même au risque de perdre leur salaire et leur brevet d’enseignement.
Quand le gouvernement ordonne la fermeture de l’école Guigues, les Franco-Ontariens répliquent en livrant une lutte sans merci. Des femmes prennent d’assaut cette école et, armées de longues épingles à chapeaux, font reculer tout inspecteur ou policier qui s’approche pour imposer l’unilinguisme anglais. Cet épisode de la revendication des droits à l’éducation en français est connu sous le nom de la Bataille des épingles à chapeaux
Le 3 février 1916, la résistance prend un autre tournant : 122 enseignantes font la grève et forcent la fermeture de 17 écoles. Le 11 février 1916, plusieurs centaines d’écoliers manifestent dans les rues de la capitale canadienne. Durant cette crise, pas moins de 200 écoles refuseront de se soumettre à la loi et seront ainsi privées de subsides gouvernementaux. On ouvrira des « écoles libres », dites de la résistance, on contestera le Règlement 17 en cour, on fera appel à Rome. Ce sera une bataille acharnée pendant 10 ans.
Le Règlement 17 sera finalement relégué aux oubliettes en 1927 et disparaîtra officiellement des statuts de la province en 1944.
Le déclin du courage
« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel, mais ce ne sont pas ces gens-là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, dans leurs discours, et plus encore dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance – à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement hors d’état de rendre un seul coup. Alors que leur langue sèche et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur.
Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? »
Alexandre Soljénitsyne



